Parier en librairie : ce que le nouvel arrêté change pour vous

Comptoir de librairie belge avec terminal de paris et horloge indiquant 20 heures

Rédigé par Thomas — Publié le 15 septembre 2026.

Depuis le 14 septembre, un nouvel arrêté royal encadre les paris proposés dans les librairies belges. Le texte s’adresse d’abord aux commerçants, mais il fixe aussi des règles qui vous concernent directement si vous misez au comptoir : des horaires, un plafond quotidien, et un contrôle d’identité devenu obligatoire.

Voici ce qui s’applique désormais, et surtout pourquoi ces règles diffèrent de celles que vous connaissez en ligne.

D’où viennent ces informations. Cet article s’appuie sur la note publiée par la Commission des jeux de hasard à propos de l’arrêté royal du 30 août 2026, paru au Moniteur belge le 14 septembre. Nous avons repris les règles telles qu’elles y figurent, sans les interpréter au-delà de ce que le texte prévoit.

Pourquoi ce nouvel arrêté existait-il ?

C’est le point que la plupart des reprises passent sous silence, et il explique tout le reste. L’arrêté précédent, du 17 février 2022, a été annulé par le Conseil d’État le 22 janvier 2026, par un arrêt portant le numéro 265.529.

Conséquence immédiate : privée de base légale, la Commission des jeux de hasard ne pouvait plus traiter aucune demande ni aucun renouvellement de licence F2. Pendant près de huit mois, les dossiers se sont accumulés. Des librairies ont vu leur licence expirer sans pouvoir la renouveler.

L’arrêté du 30 août rétablit ce cadre. Il ne s’agit donc pas d’un durcissement soudain, mais d’une remise en ordre après un vide juridique. La licence F2 n’est qu’une pièce d’un ensemble plus vaste : notre guide de la législation belge sur les jeux d’argent détaille les neuf classes de licences et leur articulation.

Les règles qui vous concernent en tant que parieur

Sur les neuf règles listées par la Commission, quatre ont un effet visible pour qui mise en librairie.

200 euros maximum par jour et par joueur

C’est le plafond de mise applicable en librairie. Attention à ne pas le confondre avec la limite que vous connaissez en ligne : celle-ci porte sur les dépôts, se calcule par semaine et par plateforme. En librairie, il s’agit des mises, comptées par jour.

Deux plafonds distincts, deux logiques différentes. Ils ne se substituent pas l’un à l’autre — ils s’additionnent, puisqu’ils portent sur des canaux séparés.

Un système informatique qui applique le plafond

Les paris doivent être enregistrés via un système informatique approprié. Cette exigence peut sembler purement technique ; elle est en réalité ce qui rend le plafond quotidien opposable. Sans dispositif capable de reconnaître un joueur et de cumuler ses mises sur la journée, la limite de 200 euros resterait déclarative.

C’est aussi ce système qui enregistre les contrôles d’identité et transmet les données au registre d’exclusion.

Des paris possibles uniquement entre 6h et 20h

Même si la librairie ouvre plus tôt ou ferme plus tard, l’engagement de paris n’est autorisé que sur cette plage. Un commerce ouvert jusqu’à 22h ne pourra pas enregistrer votre pari après 20h.

Le contrôle EPIS est obligatoire

Avant de miser, votre identité est vérifiée et le registre d’exclusion est consulté. Si vous y figurez, le pari vous est refusé — exactement comme en ligne ou en salle de jeux.

Précision utile : cette obligation ne date pas de l’arrêté de septembre. Elle est entrée en vigueur le 1er mai 2026, en application d’une modification de la loi sur les jeux de hasard. La note de la Commission la rappelle parmi les règles applicables, mais elle s’imposait déjà depuis quatre mois. Notre page sur le système EPIS détaille son fonctionnement.

Quatre terminaux au maximum, et pas d’écrans promotionnels

Une librairie ne peut pas installer plus de quatre terminaux ou applications de paris. Les écrans de télévision diffusant des rencontres ou faisant la promotion des paris y sont interdits, et la publicité ne peut occuper plus d’un cinquième de l’espace, ni dépasser trois mètres carrés au total.

L’objectif est explicite : une librairie ne doit ni ressembler ni fonctionner comme une agence de paris.

📱 Ce que ça change concrètement au comptoir. Plus d’écran pour suivre le match pendant que vous misez, pas de pari après 20h, et une pièce d’identité à présenter à chaque fois. Le pari en librairie se rapproche de ce qui existe déjà en ligne : moins d’immédiateté, plus de contrôle.

Ce que le texte exige des libraires

Les cinq autres règles ne vous concernent pas directement, mais elles expliquent pourquoi certains points de vente pourraient disparaître.

Le chiffre d’affaires provenant des paris ne peut dépasser 20 % du chiffre d’affaires total, et le total des mises est plafonné à 250 000 euros par an. Un établissement dont l’activité repose principalement sur les paris ne peut donc plus prétendre à une licence F2.

S’y ajoutent deux critères destinés à vérifier qu’une librairie en est réellement une : une offre d’au moins 200 titres différents de journaux, hebdomadaires et mensuels à date de publication actuelle, et un espace consacré à la presse, aux livres, à la papeterie et aux produits du tabac représentant au moins 40 % de la surface commerciale nette.

Ces seuils visent ce que le secteur appelle les « fausses librairies » — des commerces dont la façade de presse masque une activité de paris prépondérante.

Un dernier point structure tout l’édifice : une librairie ne peut pas proposer de paris seule. Elle doit être liée par contrat à un titulaire de licence F1, c’est-à-dire à un organisateur de paris agréé, et ce contrat ne peut excéder trois ans. Le point de vente dépend donc d’un opérateur qui, lui, porte la responsabilité de l’offre.

Des points de vente vont rouvrir, d’autres vont fermer

La Commission peut de nouveau traiter les dossiers, et elle annonce un ordre de priorité : d’abord les renouvellements expirés depuis janvier, puis ceux arrivant à échéance d’ici décembre 2026, puis les demandes déposées avant l’arrêté, et enfin les autres.

Pour les licences obtenues à partir du 14 septembre, la Commission a prévu un régime particulier : ne disposant d’aucun historique, ces établissements devront déclarer la part de leur chiffre d’affaires issue des paris dans les trois mois suivant leur première année d’activité. Le contrôle du seuil de 20 % est donc différé, pas supprimé.

Dans les mois qui viennent, le réseau physique va donc bouger. Certaines librairies retrouveront une licence valide et pourront reprendre les paris. D’autres, qui ne satisfont pas aux seuils de chiffre d’affaires ou de surface, ne verront pas leur demande aboutir.

Ce mouvement s’inscrit dans une tendance plus large : le réseau de points de vente physiques se contracte depuis plusieurs années, comme l’illustre la fermeture des agences Ladbrokes en Belgique. Le pari de comptoir ne disparaît pas, mais il se resserre autour d’acteurs qui répondent à des critères de plus en plus précis.

Une coquille dans le document officiel

Un détail pour les lecteurs attentifs. La note de la Commission mentionne « l’annulation par arrêt du Conseil d’État, prononcé le 22 janvier 2022, de l’AR du 17 février 2022 » — soit une annulation antérieure au texte annulé.

Il s’agit d’une erreur de frappe : la note de bas de page du même document renvoie bien à l’arrêt n° 265.529 du 22 janvier 2026, et la page consacrée aux licences F2 sur le site de la Commission confirme cette date. Rien de substantiel, mais cela vaut d’être signalé si vous consultez le document original.

Faut-il parier en librairie ou en ligne ?

La question se pose différemment depuis ce nouvel encadrement.

La librairie garde un avantage de proximité et d’usage : pas de compte à ouvrir, pas de moyen de paiement à enregistrer, un ticket physique. Mais les horaires limités et le plafond quotidien restreignent sensiblement la pratique.

En ligne, l’offre est plus large et disponible en permanence, au prix d’une inscription complète et d’une vérification d’identité préalable. Les seuils d’entrée y sont d’ailleurs variables : nous avons relevé les montants réels dans notre comparatif du dépôt minimum chez les bookmakers belges.

Un point commun aux deux canaux : la licence. Qu’il s’agisse d’une librairie sous licence F2 ou d’un bookmaker en ligne, seul un titulaire d’agrément belge peut légalement enregistrer votre pari. Notre comparatif des sites de paris sportifs agréés en Belgique recense ces derniers.

À retenir

Pour le parieur, trois changements concrets : un plafond de 200 euros par jour, des paris impossibles après 20h, et un contrôle d’identité systématique au comptoir.

Pour le secteur, une remise en route après huit mois de blocage — et un tri qui s’annonce entre les librairies qui vendent réellement de la presse et celles qui n’en avaient gardé que l’enseigne.

Rappelons enfin que les paris sont réservés aux 21 ans et plus en Belgique, en librairie comme en ligne, et que les outils d’encadrement décrits sur notre page jeu responsable s’appliquent à l’ensemble des canaux.

Nos sources

Les règles et les dates citées dans cet article proviennent des publications officielles de la Commission des jeux de hasard, consultées le 15 septembre 2026.

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